Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/207

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chés, qu’il était le maréchal des logis du régiment, que son chef lui avait donné l’ordre d’occuper toutes les maisons, l’une après l’autre. Pierre, qui savait l’allemand, traduisit au capitaine ce que disait le sous-officier et transmit au hussard de Wurtemberg la réponse du capitaine. L’Allemand ayant enfin compris céda et emmena ses hommes. Le capitaine sortit sur le perron et, d’une voix forte, donna des ordres. Quand il revint dans la chambre, Pierre était assis à la même place, la tête cachée dans ses mains. Son visage exprimait la souffrance. En effet, en ce moment il souffrait.

Quand le capitaine sortit et que Pierre se trouva seul, il se ressaisit tout à coup et comprit la situation dans laquelle il se trouvait. Ce n’était pas le fait que Moscou était prise, que les vainqueurs s’y installaient en maîtres et le tenaient sous leur protection qui le tourmentait actuellement, c’était la conscience de sa faiblesse. Quelques verres de vin, la conversation avec ce brave homme avaient anéanti l’humeur concentrée et sombre dans laquelle il vivait ces derniers jours et qui était nécessaire à la réalisation de son projet. Le pistolet, le poignard et l’armiak étaient prêts ; Napoléon rentrait demain. Pierre jugeait toujours utile et digne de tuer les malfaiteurs, mais il sentait maintenant qu’il ne le ferait pas. Pourquoi ? Il l’ignorait, mais il pressentait qu’il ne réaliserait pas son intention. Il luttait contre sa faiblesse, mais il sen-