Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/226

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Comme s’il fêtait sa victoire sur tout le monde, le cri d’un grillon arriva d’un trou du sol. Un coq chanta au loin, un autre, plus voisin, lui répondit. Dans le débit les cris avaient cessé, on n’entendait que les gémissements de l’aide de camp. Natacha se souleva.

— Sonia ! Tu dors ? Maman ? chuchota-t-elle. Personne ne répondit. Natacha se leva doucement et sans bruit, se signa, posa ses pieds minces, nus, sur le parquet froid et sale qui grinça. Elle fit quelques pas en marchant comme un jeune chat et toucha le loquet froid de la porte.

Il lui semblait que quelque chose de lourd frappait dans tous les murs de l’isba. C’était son cœur qui battait de crainte, d’effroi et d’amour. Elle ouvrit la porte, en franchit le seuil et posa le pied sur la terre humide et froide du vestibule. Le froid qui la saisit la rafraîchit. Son pied nu heurta un homme endormi. Elle l’enjamba et ouvrit la porte de l’isba où était le prince André. L’isba était sombre. Dans un coin du fond, près du lit où était couché quelque chose, une chandelle qui fondait comme un grand champignon était posée sur le banc.

Natacha, dès le matin, quand on lui raconta que le prince André blessé était là, avait décidé qu’elle devait le voir. Elle ne savait pourquoi, mais elle savait que plus l’entrevue était pénible, plus elle était nécessaire.

Toute la journée elle avait vécu avec la pensée de