Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/227

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le voir cette nuit ; mais maintenant que le moment était venu, elle était saisie d’horreur à la pensée de ce qu’elle allait voir. Comment était-il blessé ? Que restait-il de lui ? Était-il comme cet aide de camp, avec son gémissement incessant ! Oui, il était tout cela. Dans son imagination, il était la personnification de ces gémissements terribles. Quand elle aperçut dans le coin une masse vague et prit les genoux soulevés sous la couverture pour les épaules, elle imagina un corps horriblement mutilé et s’arrêta horrifiée. Mais une force invincible la poussait en avant. Elle fit prudemment un pas, un autre et se trouva au milieu d’une petite isba encombrée. Sur le banc, sous les icônes, était couché un autre homme (c’était Timokhine) et sur le sol, encore deux hommes quelconques : c’était le docteur et le valet de chambre.

Le valet de chambre se souleva et chuchota quelque chose ; Timokhine que tenaient éveillé les douleurs de sa jambe blessée, regardait l’étrange apparition de la jeune fille en chemise blanche, camisole et bonnet de nuit. Les paroles effrayées du valet : Que voulez-vous ? Pourquoi êtes-vous ici ? ne firent que hâter Natacha vers ce qui était couché dans le coin. Quelque terrible que fût le spectacle, elle devait le voir. Elle passa devant le valet de chambre. Le suif fondu de la chandelle formant champignon était tombé, et elle vit distinctement le prince André couché, les mains sur la cou-