Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/42

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Mais au contraire, Hélène, comme une personne vraiment forte, qui peut tout ce qu’elle veut, se plaça du coup dans son droit, auquel elle croyait franchement, si bien que toutes les autres semblaient dans leur tort.

La première fois que le jeune prince étranger se permit de lui faire des reproches, relevant fièrement sa belle tête et faisant demi-tour vers lui, elle lui dit fermement :

Voila l’égoïsme et la cruauté des hommes ! Je ne m’attendais pas à autre chose. La femme se sacrifie pour vous, elle souffre, et voilà sa récompense. Quel droit avez-vous, monseigneur, de me demander compte de mes amitiés, de mes affections ? C’est un homme qui a été plus qu’un père pour moi.

Le jeune prince voulut dire quelque chose, mais Hélène l’interrompit :

Eh bien oui, peut-être qu’il a pour moi d’autres sentiments que ceux d’un père, mais ce n’est pas une raison pour que je lui ferme ma porte. Je ne suis pas un homme pour être ingrate. Sachez, monseigneur, pour tout ce qui a rapport à mes sentiments intimes, je n’en rends compte qu’à Dieu et à ma conscience, et elle appuyait sa main sur sa belle poitrine et regardait le ciel.

Mais écoutez-moi, au nom de Dieu !

Épousez-moi et je serai votre esclave.

Mais c’est impossible.