Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/43

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Vous ne daignez pas descendre jusqu’à moi, vous… dit Hélène en se mettant à pleurer.

Le prince se mit à la consoler, et Hélène, à travers ses larmes, dit (comme par mégarde) que rien ne pouvait l’empêcher de se marier, qu’il y avait eu des exemples (il y en avait alors très peu, mais elle nommait Napoléon et quelques autres grands personnages), qu’elle n’avait jamais été la femme de son mari, qu’elle était sacrifiée.

— Mais les lois, la religion… dit le prince, commençant déjà à céder.

— Les lois, la religion… Mais pourquoi seraient-elles inventées, si l’on ne pouvait faire cela ? dit Hélène.

Le haut personnage était étonné qu’un raisonnement si simple ne lui fût pas venu en tête, et il demanda conseil aux saints Pères de la Société de Jésus, avec lesquels il était très lié.

Quelques jours après, dans une des charmantes fêtes que donnait Hélène à sa villa de l’île Kamennï, on lui présenta M. de Jobert, un jésuite de robe courte, pas jeune, aux cheveux blancs comme la neige, aux yeux brillants. Dans le jardin, à la clarté des illuminations et aux sons de la musique, il causa longuement avec Hélène de l’amour de Dieu, de l’amour du Christ, du Cœur de la sainte Mère et des consolations apportées dans ce monde et dans l’autre par la seule religion vraie, catholique.