Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/429

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qu’il regardait ses pieds nus, un sourire de contentement et d’animation passait sur son visage. La vue de ses pieds nus lui rappelait tout ce qu’il avait vécu et compris ces derniers temps, et ce souvenir lui était agréable.

Depuis déjà quelques jours le temps était doux, clair, avec une petite gelée matinale qu’on appelle en Russie l’été des femmes. Dehors, au soleil, il faisait chaud, et cette chaleur, unie à la gelée du matin qu’on sentait encore dans l’air, était particulièrement agréable.

Sur tout, sur les objets lointains comme sur les plus proches, était répandu ce brillant de cristal qui n’apparaît qu’en cette période de l’automne. De loin on voyait la Montagne des Moineaux, avec le village, l’église et la grande maison blanche, et les arbres nus, le sable, les pierres, les toits, la flèche verte de l’église et les coins de la maison lointaine, blanche, tout cela se dessinait par une ligne ferme dans l’air transparent.

De près on voyait les ruines de la maison seigneuriale à demi brûlée, occupée par les Français, et les buissons de lilas encore verts qui poussaient dans le jardin. Et même cette masse ruinée, souillée, repoussante de laideur par un temps gris, maintenant, dans la clarté brillante, immobile, semblait belle et imposante.

Un caporal français, déboutonné, en bonnet, une courte pipe entre les dents, sortit du coin de la