Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/291

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thèse du paysan ; par le seul désir de fâcher son mari, elle doit inviter son beau-frère. Mais chez Fedka, le sentiment artistique embrasse aussi la femme, et elle pleure, elle craint et elle souffre ; à ses yeux elle n’est pas coupable.

Ensuite, ce trait curieux : le beau-frère prenant la pelisse de la femme. Je me rappelle que j’en fus frappé et demandai :

— Pourquoi précisément la pelisse de la femme ?

Personne n’avait soufflé cette idée à Fedka. Il dit :

— Comme ça, c’est juste.

Quand je lui demandai si l’on pouvait dire qu’il avait pris la pelisse de l’homme, il me répondit :

— Non, de la femme, c’est mieux.

Et, en effet, ce trait est admirable. On ne devine pas d’un coup pourquoi c’est précisément la pelisse de la femme, et en même temps on sent que c’est admirable, que ce ne peut être autrement. Chaque mot artistique, qu’il soit dit par Goethe ou Fedka, se distingue du mot ordinaire parce qu’il provoque un nombre incalculable d’idées, d’images, de représentations. Le beau-frère avec la pelisse de la femme, involontairement se présente à nous comme un paysan maigre, à la poitrine étroite, tel évidemment qu’il doit être. La petite pelisse de femme qui est sur le banc et qui, la première, se trouve à la portée de sa main, éveille en vous tout le tableau d’un soir d’hiver chez un paysan. Malgré