Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/424

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faut observer seulement s’il est occupé du récit ou d’autre chose. Ordinairement, le nouveau venu ne saisit que le côté matériel de l’affaire et se plonge tout à fait dans l’observation de la façon dont le maître est assis, couché, comment il remue les livres, comment tout le monde crie à la fois, et si c’est un enfant calme, il s’asseoit comme les autres, s’il est hardi, il se met à crier comme les autres sans rien se rappeler et en répétant seulement les paroles de son voisin. Le maître et les camarades l’arrêtent et il comprend qu’on exige de lui autre chose : pendant un certain temps, il se met à raconter lui-même n’importe quoi. Il est difficile de savoir quand se développe en lui la compréhension.

Récemment j’ai réussi à saisir l’éclosion de la compréhension chez une fillette qui s’était tue pendant un mois. C’était M. U… qui faisait les leçons, moi j’y restais étranger et observais. Quand tous commencèrent à crier, je remarquai que Marfoutka descendait de son banc, avec ce geste qu’ont les narrateurs pour donner la parole aux auditeurs, et se rapprochait. Quand tous crièrent, je la regardai. Elle, presque imperceptiblement, remuait les lèvres et ses yeux étaient pleins de pensée et d’animation. Nos regards s’étant rencontrés, elle baissa les yeux. Une minute après je regardai de nouveau, de nouveau elle chuchotait quelque chose. Je lui demandai de réciter. Elle se troubla tout à fait. Deux jours après, elle racontait très bien une