Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/66

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arrive toujours dans les discussions, les uns et les autres ont raison. Il nous semble que la discussion provient de ce que la question n’est pas clairement posée.

Les uns attaquent à propos l’art de la lecture et de l’écriture, comme une capacité tout à fait à part, sans lien avec les autres sciences (ce que font précisément, jusqu’ici, la plupart des écoles, car ce qu’on apprend par cœur s’oublie, et il ne reste que l’art de savoir lire et écrire). Les autres défendent la lecture et l’écriture, voyant en elles le premier degré de l’instruction, et ils ont tort seulement de ne pas comprendre exactement ce qu’est l’art de la lecture et de l’écriture. Si l’on pose ainsi la question : l’instruction primaire est-elle ou non utile au peuple ? alors personne ne peut répondre négativement. Mais si l’on demande : Est-il utile ou non d’apprendre au peuple à lire, quand il n’a pas de livre à lire ? J’espère que tout homme de bonne foi répondra : Je n’en sais rien, de même que je ne sais pas s’il serait utile d’apprendre à tout le peuple à jouer du violon ou à coudre des souliers. Et si l’on observe plus attentivement les résultats de la lecture et de l’écriture, telles qu’on les transmet au peuple, je pense que la majorité sera contre cet art, en tenant compte de la longue contrainte, du développement disproportionné de la mémoire, de la conception fausse de la science, du dégoût pour l’instruction supérieure, du faux amour-propre et