Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/82

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d’après les lois définies par les Kant et les Schleiermacher, où sont préparés les meilleurs maîtres, où Lautirmethode est connue depuis le dix-septième siècle, si, dis-je, cette méthode donne des résultats aussi peu brillants, alors qu’adviendra-t-il chez nous si la loi admet une certaine méthode, un certain Lesebuch avec sentences morales ? Quel résultat donnera l’éducation d’après n’importe quelles méthodes nouvellement introduites et qui ne seront adoptées ni par le peuple ni par les maîtres ?

Je citerai quelques exemples. Cet automne, un maître qui a enseigné dans l’école de Iasnaïa-Poliana, a ouvert dans le village une école où, sur quarante élèves, la moitié au moins savait lire et écrire d’après l’alphabet et les prières, et un tiers savait lire. Deux semaines après les paysans exprimèrent leur mécontentement de cette école. Les reproches principaux étaient qu’on enseignât, selon la méthode allemande, a, b au lieu de az, bouki ; qu’on apprît des contes et non les prières, et qu’il n’y eût pas de discipline. Quand je rencontrai le maître, je lui rapportai l’opinion des paysans. Le maître, un homme instruit à l’Université, m’expliqua, avec un sourire de mépris, qu’il enseignait a, b au lieu de az, bouki, pour faciliter l’étude des syllabes, qu’on lisait des contes pour habituer à comprendre ce qu’on lit et, qu’avec sa nouvelle méthode, il croyait inutile de punir les élèves, et par suite n’exigeait pas la discipline