Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/166

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Le pauvre marchand ne voulut pas discuter et dit simplement :

— Inutile d’aller voir, je le crois ; je sais que les souris mangent le fer… Adieu !

Et le pauvre marchand s’en alla. Dans la rue, il aperçut un petit garçon qui jouait. C’était le fils du riche marchand. Il le caressa, le prit dans ses bras et l’emporta chez lui.

Le lendemain, le riche marchand rencontra le pauvre et lui conta son malheur. Il lui apprit qu’on lui avait volé son fils, et lui demanda s’il n’avait rien vu ni entendu à ce sujet.

Le pauvre répondit :

— En effet, comme je sortais de chez toi, hier, j’ai aperçu un épervier qui s’abattait sur ton fils. Il l’a saisi et emporté.

Le riche marchand se fâcha et dit :

— N’as-tu pas honte de te moquer de moi ? A-t-on jamais vu un épervier emporter un enfant ?

— Non, je ne ris pas. Qu’y a-t-il d’étonnant qu’un épervier emporte un enfant, quand des souris peuvent manger cent pouds de fer… Tout est possible !

Alors le riche marchand comprit et dit :

— Non, les souris n’ont pas mangé ton fer, je l’ai vendu et je te rembourserai le double de sa valeur.

— S’il en est ainsi, l’épervier n’a pas emporté ton fils et je vais te le rendre.