Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/220

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Tantôt je me heurtais à un petit genévrier et m’accrochais à ses branches, tantôt mes jambes s’empêtraient dans un jeune sapin, ou mes skis, glissant faute d’habitude, allaient buter contre une souche ou quelque tronc enfoui sous la neige.

La fatigue m’accablait. J’ôtai ma pelisse, j’étais en sueur. Démian, lui, semblait voguer en nacelle : ses skis glissaient seuls sous lui. Il ne s’accrochait nulle part, ne glissait jamais ; et, bien qu’il se fût embarrassé de ma pelisse qu’il avait jetée sur son épaule, c’était lui qui me stimulait.

Nous fîmes encore près de trois verstes autour du marais. Je commençais à rester en arrière ; mes skis glissaient, mes pieds s’embarrassaient. Tout à coup, Démian s’arrêta devant moi et agita le bras. Je m’approchai ; il se baissa et, étendant la main, murmura à mon oreille :

— Voyez-vous ? La pie jacasse ; elle sent de loin l’odeur de l’ours. Il est là. Nous partîmes en avant, et, après une verste nous rejoignîmes la piste. Ainsi nous avions tourné autour de l’ours, et il était resté au milieu de notre circuit. Nous nous arrêtâmes. J’ôtai mon bonnet, et me déboutonnai entièrement ; j’avais chaud comme dans un bain, et j’étais mouillé comme un rat. Démian, tout rouge, s’essuyait avec sa manche.

— Eh bien, monsieur, dit-il, nous avons réussi ; il faut maintenant nous reposer.

Le couchant commençait à s’empourprer à tra-