Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/222

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palais à colonnades, c’étaient des arbres couverts de neige et de givre, les feux, c’étaient les astres qui scintillaient dans le ciel, à travers les branches.

Pendant la nuit, le givre était tombé ; les branches, ma pelisse, Démian, tout était blanc, et le givre tombait d’en haut. J’éveillai Démian, nous nous dressâmes sur nos skis et partîmes.

Tout était calme dans la forêt ; on n’entendait que le bruit de nos skis s’enfonçant dans la neige molle, un craquement d’arbre, et, répandu au loin, un sourd murmure. Une seule fois, un être vivant fit quelque bruit non loin de nous, et s’enfuit.

Je crus que c’était l’ours : nous courûmes à l’endroit d’où était parti le bruit et nous aperçûmes la trace d’un lièvre. Tout alentour l’écorce des trembles était fraîchement rongée. Des lièvres avaient mangé là.

Nous prîmes la route et la suivîmes, après avoir attaché nos skis derrière nous. La marche était très facile. Les skis ballottaient et claquaient sur le chemin ; la neige criait sous nos bottes, des glaçons duvetaient nos visages. Et, à travers les branches, les astres couraient l’un au-devant de l’autre, s’allumant, s’éteignant, comme si le ciel eût mené le branle.

Je trouvai mon compagnon endormi ; je l’éveillai. Nous racontâmes comment nous avions détourné l’ours ; nous donnâmes l’ordre de réunir pour le