Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/224

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Le sentier, quoique foulé, n’est pas commode ; mais on ne risque guère de tomber, on marche comme entre deux murs.

Nous parcourons ainsi près d’une demi-verste et regardons. Démian, sur ses skis, court à notre rencontre, et, avec la main, nous fait signe de le rejoindre. Nous nous avançons ; il nous indique à chacun notre poste. Une fois placé, je jette les yeux autour de moi :

À gauche, un grand sapin ; à travers ses branches, la vue s’étend au loin. Derrière les arbres, un point noir : le paysan rabatteur. À côté de moi, un taillis de jeunes sapins de la grandeur d’un homme, dont les branches s’affaissent et se rejoignent par l’effet de la neige. Au milieu du taillis, un sentier encombré de neige vient droit vers moi. À ma droite, un rideau de hauts sapins, et, derrière, une clairière où je vois Démian postant mon compagnon.

J’examine mes deux fusils, j’en relève les chiens ; puis je cherche en moi-même à quel endroit je serai le mieux placé. Derrière moi, à trois pas, j’avise un grand pin. « Voilà… Je vais me mettre près de cet arbre, j’appuierai mon second fusil contre le tronc. »

Courant au pin, je m’y arrange un petit espace d’une archine et demie, et m’y installe. Je prends un fusil à la main ; j’appuie l’autre contre le pin, les chiens levés. Puis je fais jouer mon couteau