Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/225

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dans sa gaine pour voir si, en cas de besoin, il se tire facilement.

À peine installé, j’entends Démian crier dans la forêt : « Il vient de sortir ! Il est sorti dans l’enceinte ! Il est sorti ! » Des voix diverses tout le long du circuit, répondent à Démian : « Il est sorti ! Hou… hou… hou ! » criaient les paysans : « Aïe ! aïe ! » glapissaient les femmes.

L’ours était à l’intérieur du circuit. Démian se mit en chasse. Les clameurs des gens s’élevaient partout autour de nous. Mon compagnon et moi restions seuls debout, muets et immobiles, attendant l’ours. Je suis debout, je regarde, j’écoute, mon cœur bat. Je m’appuie sur mon fusil, non sans trembler un peu, et je pense : « Voici ce qui va se passer. Il s’élancera, je viserai, je tirerai, il tombera… »

Tout à coup, à ma gauche, mais assez loin, j’entends le bruit d’une chute sur la neige. Je regarde à travers les hauts sapins ; quelque chose de noir et de grand se tient debout, à cinquante pas environ, derrière les arbres.

Je vise et j’attends, me demandant s’il ne va pas se rapprocher un peu plus. Je ne le perds pas de vue : il remue les oreilles, se retourne et marche à reculons. De côté, je le vois tout entier. Une bête énorme ! Je vise fébrilement… Feu ! J’entends ma balle heurter lourdement un tronc. Je regarde à travers la fumée ; mon ours s’enfuit à