Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/231

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Puis Cambyse fit défiler les fils de Psamménit et ceux des autres Égyptiens, tous bâillonnés et la corde au cou, marchant au supplice. Psamménit, à cette vue, comprit que son fils allait à la mort. Mais, comme devant sa fille, tandis que les Égyptiens pleuraient, il se contint et baissa les yeux.

Ensuite, Psamménit vit passer devant lui un de ses anciens compagnons, son parent ; auparavant il était riche et maintenant il mendiait. Aussitôt que Psamménit l’aperçut il l’appela, se frappa la tête de désespoir et fondit en larmes.

Cette douleur inattendue surprit Cambyse, qui lui fit dire par ses envoyés :

— Psamménit, ton maître Cambyse demande pourquoi tu ne pleuras point lorsque ta fille fut mise en esclavage et ton fils conduit à la mort, alors que la vue d’un pauvre mendiant t’émeut ?

Psamménit répondit :

— Cambyse ! mon propre malheur est si grand que je ne puis plus même le déplorer, mais j’ai pitié de mon ami, qui autrefois si riche est devenu si pauvre dans sa vieillesse.

Cressus, un autre roi, lui aussi prisonnier, se trouvait là ; quand il entendit les paroles de Psamménit, son malheur lui apparut plus grand et il se mit à pleurer.

Et tous les Perses présents se mirent à pleurer. Cambyse lui-même parut s’émouvoir. Il ordonna d’amener devant lui le fils de Psamménit et Psam-