Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/237

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ensuite il donna l’ordre de gagner le large, et quand ils furent loin, derrière les îles, devant tout le peuple, il jeta sa bague à la mer et retourna chez lui. Cinq jours plus tard, un pêcheur eut la chance d’attraper un magnifique poisson, et il voulut en faire présent au roi. Il vint au palais chez Polycrate, et quand il fut en présence du roi il lui dit : « Roi, j’ai pris ce poisson et te l’ai apporté parce qu’un roi seul peut manger un poisson aussi beau. » Polycrate remercia le pêcheur et l’invita à dîner avec lui. Le pêcheur donna son poisson puis revint chez le roi.

Les cuisiniers, en ouvrant le poisson, trouvèrent dans son corps cette même bague que Polycrate avait jetée à la mer : quand ils lui apportèrent cette bague, le roi leur demanda comment ils l’avaient trouvée, et il écrivit une autre lettre à son ami le roi d’Égypte, Amasis. Il lui raconta comment il avait jeté la bague dans la mer et comment elle lui avait été rendue. Amasis lut la lettre et pensa : « Cela n’est pas bon signe. Évidemment nul ne peut éviter sa destinée ; mais il vaut mieux pour moi me séparer de mon ami que d’avoir dans la suite à plaindre son infortune. » Et il fit savoir à Polycrate que leur amitié était rompue.

À cette époque, vivait un homme nommé Héroidès, qui en voulait à Polycrate et cherchait à le perdre. Et voici quelle ruse il inventa. Il écrivit à Polycrate que le roi des Perses, Cambyse, l’avait