Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/238

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


offensé et voulait le tuer et qu’il lui avait échappé. Et Héroidès ajoutait dans sa lettre : « J’ai beaucoup de richesses mais je ne sais où aller vivre. Donne-moi l’hospitalité chez toi, avec mes richesses, et alors, tous les deux ensemble, nous deviendrons les rois les plus puissants ; si tu ne crois pas à l’existence de mes richesses, envoie quelqu’un pour t’en assurer. »

Polycrate envoya un serviteur pour voir s’il était vrai qu’Héroidès fût aussi riche qu’il le disait. Quand l’envoyé fut venu pour examiner les richesses, Héroidès le trompa de la façon suivante : Il réunit beaucoup de bateaux, les chargea de pierres, et par-dessus les pierres, il mit de l’or.

Quand le serviteur de Polycrate vit les bateaux, il crut qu’ils étaient pleins d’or jusqu’aux bords et il en informa Polycrate, Alors, celui-ci voulut aller en personne chez Héroidès afin de voir de ses propres yeux ses richesses. Cette même nuit la fille de Polycrate vit en songe que son père était pendu. Elle le supplia de ne pas aller chez Héroidès, mais Polycrate se fâcha et lui dit qu’il ne lui permettrait jamais de se marier si elle ne se taisait immédiatement. Et la fille lui dit : « Je consens à ne jamais me marier, mais ne va pas chez Héroidès, je crains qu’un malheur ne t’arrive. »

Le roi ne l’écouta pas et partit. Quand il arriva, Héroidès le saisit et le fit pendre. Ainsi le rêve de sa fille se réalisait.