Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/244

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mier sur le navire, chercha le propriétaire, acheta tout le beurre et donna des arrhes. Ensuite le marchand courut à la ville et revendit le beurre. Il gagna ainsi dix fois plus que le paysan n’avait apporté à ses camarades. Le fils du roi dit alors :

— Eh bien ! maintenant, c’est à mon tour d’aller à la ville. Vous deux avez eu de la chance, peut-être moi aussi en aurai-je. À Dieu rien n’est difficile ; il peut aussi bien donner un royaume au fils d’un roi que du travail à un paysan et du bénéfice à un marchand.

Le fils du roi entre dans la ville. Il voit le peuple qui marche dans les rues et pleure. Il demande la cause de ces larmes ; on lui répond :

— Ne sais-tu pas que cette nuit notre roi est mort et nous n’en trouverons jamais un pareil.

— De quoi donc est-il mort ?

— Des malfaiteurs l’ont probablement empoisonné.

Le fils du roi se mit à rire et dit :

— Ce n’est pas possible !

Tout à coup, un homme fixa ses regards sur le fils du roi et remarquant qu’il ne parlait pas très couramment la langue du pays et qu’il était habillé autrement que tout le monde, il s’écria :

— Frères, cet homme est envoyé chez nous par nos ennemis afin de prendre des renseignements sur notre ville. Vous voyez qu’il ne parle pas notre