Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/245

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langue et qu’il rit quand nous pleurons tous ! Saisissez-le et jetez-le en prison !

On saisit le fils du roi, on le jeta en prison et, pendant deux jours on ne lui donna pas à manger.

Le troisième jour, on vint le chercher et on le conduisit devant le tribunal. Une foule de gens était assemblée pour assister au jugement.

Au tribunal, on demanda au fils du roi qui il était et pourquoi il était venu dans cette ville. Il répondit :

— Je suis le fils d’un roi. Mon père a donné tout son royaume à mon frère aîné. Ma mère voulait me défendre et, à cause de moi, mon père et ma mère se querellaient. Je n’ai pas voulu qu’il en fût ainsi. J’ai dit adieu à mon père et me suis mis à voyager. En route, j’ai rencontré deux compagnons : un marchand et un paysan, et ensemble nous sommes arrivés dans votre ville. Le paysan nous a dit alors que chacun devait travailler selon ses capacités. Le marchand déclara qu’il savait faire du négoce mais n’avait pas d’argent, et moi, je dis que je savais régner, mais n’avais pas de royaume. Le paysan nous a dit qu’en attendant l’argent et le royaume nous pourrions mourir de faim, mais que lui, qui est fort, gagnera sa vie et la nôtre ; et il est allé à la ville, a gagné de l’argent et nous l’a apporté. Le marchand a pris cet argent et l’a décuplé. Alors, moi aussi je suis venu à la ville, mais on m’a arrêté et jeté injustement en prison ; pendant deux jours on ne m’a pas donné à manger et maintenant on