Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/265

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— Que me veux-tu ? lui demanda le juge. Serais-tu mécontent de mon jugement ?

— Non ! je suis fort satisfait, répondit Bouakas, seulement je voudrais savoir comment tu as su que la femme était au savant et non au paysan, que l’argent était au boucher plutôt qu’au marchand d’huile, et que le cheval m’appartenait à moi et non au mendiant ?

— Pour la femme, voici comment j’ai su la vérité : Je la fis venir le matin chez moi et lui dis : « Verse de l’encre dans mon encrier. » Elle prit l’encrier, le nettoya vivement et adroitement et l’emplit d’encre. Donc, elle était habituée à cette besogne. La femme d’un paysan n’aurait pas su s’y prendre. Je jugeai par là que le savant avait raison. Quant à l’argent, voici comment j’ai reconnu la vérité : J’ai placé l’argent dans une cuvette pleine d’eau et j’ai regardé ce matin s’il surnageait de l’huile. Si l’argent avait appartenu au marchand d’huile, le contact de ses mains huileuses l’aurait taché ; comme l’eau était restée claire, j’en conclus que l’argent était au boucher. Pour le cheval, c’était plus difficile. Le mendiant l’avait reconnu aussi vite que toi entre vingt autres. Mais je ne vous ai pas fait venir tous les deux à l’écurie pour voir qui de vous reconnaîtrait le cheval, mais pour voir lequel de vous le cheval reconnaîtrait. Quand tu t’es approché de ton cheval, il a tourné la tête de ton côté, tandis que lorsque le mendiant l’a touché,