Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/280

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mois de nuit absolue, et l’été, le soleil ne se couche pas du tout, il n’y a pas du tout de nuit.


Comment ma Tante apprit à coudre.

J’avais six ans, quand je demandai à maman de me donner de quoi coudre. Elle me dit :

— « Tu es encore trop petite, tu te piquerais les doigts. »

Mais moi, je le lui redemandais sans cesse. Ma mère prit dans son coffre un morceau d’étoffe rouge et me le donna. Puis, elle enfila une aiguille de fil rouge et me montra comment la tenir. Je me mis à coudre, mais je ne pouvais pas faire les points réguliers ; ils étaient tout de travers, jusqu’au bord même. Ensuite je me piquai les doigts, mais me retins de pleurer. Cependant quand maman me demanda : « Qu’as-tu ? » je ne pus me retenir et me mis à pleurer. Alors maman m’ordonna d’aller jouer.

Dans mon lit, toute la nuit, je rêvai de coutures. Je rêvais que j’apprenais à coudre très vite et cela me semblait si difficile que je pensais n’y jamais parvenir. Maintenant je suis grande, je ne me souviens même pas comment j’ai appris à coudre, et quand je montre à coudre à une fillette, je m’étonne qu’elle ne puisse pas tenir son aiguille.