Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/348

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des pêchers, des abricotiers et une hutte recouverte d’un toit plat.

Il s’approcha davantage et vit des ruches de paille, autour desquelles bourdonnaient des abeilles. Le vieillard, à genoux près d’une ruche, arrangeait quelque chose. Jiline se haussa sur la pointe des pieds pour mieux voir ; ses entraves s’entre-choquèrent avec bruit. Le vieux se retourna. Il poussa un hurlement, et, tirant son pistolet de sa ceinture, il fit feu sur Jiline. Celui-ci n’eut que le temps de s’abriter derrière une pierre. Furieux, le vieillard courut se plaindre au maître de Jiline. Abdul fit appeler le prisonnier et, toujours souriant, lui dit :

— Pourquoi es-tu allé chez le vieux ?

— Je ne voulais pas faire de mal à ce vieillard… Je voulais simplement voir comment il vit.

Le maître traduisit.

Le vieux, très irrité, montrant ses canines, baragouina quelques paroles d’une voix sifflante et désigna Jiline de la main.

Jiline ne comprit pas tout, mais il comprit que le vieux demandait à Abdul de tuer les Russes et de ne pas en garder dans le village.

Puis le vieux retourna chez lui.

Jiline demanda à son maître quel était cet homme.

— C’est un grand personnage, répondit Abdul. Il était notre premier Djiguit… Il a tué beaucoup de Russes, jadis… Il était très riche. Il avait trois femmes et huit fils… Ils vivaient tous ensemble