Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/371

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pleurs, monta la colline avec l’agilité d’une chevrette. On n’entendait dans l’obscurité que le tintement des pièces de monnaie qui s’entrechoquaient parmi ses cheveux épars.

Jiline se signa, souleva le cadenas et le tint à la main, pour éviter de faire du bruit, et s’engagea sur la route. Il traînait la jambe en se hâtant, et, à chaque instant, regardait du côté où se levait la lune. Il reconnaissait bien son chemin.

Il n’avait qu’à aller droit devant lui, l’espace de huit verstes. Seulement il lui fallait gagner la forêt avant que la lune ne parût. Comme il traversait le ruisseau, la lumière pâlit derrière la montagne. Un côté de la vallée s’éclairait de plus en plus et l’ombre de la montagne s’éloignait de lui, de plus en plus.

Jiline marchait toujours dans l’ombre ; il se hâtait, mais la lune allait plus vite que lui. Il la voyait déjà poindre à droite, au sommet de la montagne. Il était sur le point d’atteindre la forêt quand la lune émergea complètement.

Tout devint clair comme en plein jour. On distinguait toutes les feuilles sur les arbres.

Il faisait calme et clair dans la montagne : un silence de mort régnait. On n’entendait que le petit ruisseau murmurer au fond de la vallée.

Jiline entra dans la forêt sans avoir rencontré personne. Il choisit un endroit bien sombre et s’y arrêta un instant. Il se reposa et mangea une