Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/395

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repoussant l’aimant, l’autre l’attirant. Et on aura beau le casser, toujours il repoussera d’un côté et attirera de l’autre. C’est comme un cône de sapin : en quelque endroit qu’on le casse, il sera toujours, d’un côté, bombé comme un nombril, de l’autre, creux comme une tasse. Les bouts différents s’adapteront, le nombril avec la tasse, mais non le nombril avec l’autre nombril, ni la tasse avec l’autre tasse.


III

Si l’on aimante une aiguille en la laissant quelque temps en contact avec l’aimant, et qu’on la fixe, par le milieu, sur la pointe d’une tige métallique, de manière qu’elle se meuve librement sur cette pointe, on constate alors qu’en tournant l’aiguille aimantée dans n’importe quel sens, dès qu’on la lâchera, elle se dirigera d’un bout vers le Sud, de l’autre vers le Nord.

Avant de connaître l’aimant, on ne naviguait pas bien loin. Une fois en pleine mer, quand on ne voyait plus la côte, on n’avait pour s’orienter que le soleil et les autres astres. Mais quand le temps était couvert, plus d’astres et plus de soleil, on ne savait où naviguer, et le vaisseau, incertain de la route à suivre, s’abandonnait au caprice des vents et, jeté à la côte, se brisait contre les rochers.