Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/425

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sur son dos, et tous deux, redoublant de vitesse, disparurent à nos regards.

Alors le berger nous raconta ce qui s’était passé : un grand loup, bondissant du ravin, s’était jeté sur l’agneau, l’avait déchiré et emporté.

Un jeune loup était venu à sa rencontre et avait sauté sur l’agneau. Le vieux loup avait donné l’agneau à porter à son louveteau, et lui-même, ainsi déchargé, s’était mis à courir à ses côtés.

Mais, à la première alerte, le vieux loup, laissant là sa leçon, avait lui-même repris l’agneau.


Les Lièvres et les Loups.

Les lièvres des bois, pour se nourrir, mangent la nuit l’écorce des arbres ; ceux des champs, les semailles d’automne et l’herbe : ceux des enclos, les grains de blé des granges.

Pendant la nuit, les lièvres laissent dans la neige une trace visible. Or, les hommes aiment beaucoup le lièvre : les chiens, les loups, les renards, les corbeaux, les aigles, partagent ce goût avec lui. Si le lièvre rentrait tout droit à son gîte, on aurait bientôt fait de le suivre à la piste, le matin, et de le surprendre. Mais Dieu lui a donné la poltronnerie, et c’est ce qui le sauve.

La nuit, il va sans peur, laissant à travers champs et bois une piste toute droite. Mais dès que vient l’aurore, ses ennemis se réveillent ; aussitôt le