Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/426

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lièvre s’imagine entendre ou les abois des chiens, ou le grincement des traîneaux, ou les cris des paysans, ou le bruit des loups dans la forêt : et alors, pris de peur, il bondit de côté et d’autre. Il s’élance en avant, quelque chose l’épouvante, il revient en courant sur ses pas. Entend-il quelque autre bruit, d’un saut, il se jette de côté et détale hors de sa piste. Qu’un son frappe de nouveau son oreille, et le lièvre aussitôt retourne en arrière, et bondit encore de côté. Quand il commence à faire jour, il entre dans son gîte.

Au matin, les chasseurs examinent la trace du lièvre ; ils s’embrouillent dans ces voies doublées, ces brusques écarts et admirent la ruse de l’animal. Pourtant le lièvre ne songeait guère à ruser ; c’est seulement la peur qui l’a fait agir ainsi.


L’Odorat.

L’homme voit avec les yeux, entend avec les oreilles, sent avec le nez, goûte avec la langue et touche avec les doigts. L’un a de meilleurs yeux, l’autre de plus mauvais. Celui-ci entend de loin, cet autre est sourd. Celui-là possède un odorat plus fin, sent de loin, l’autre, un œuf pourri sous le nez, ne sentira rien. L’un reconnaît chaque chose au toucher, un autre ne distingue pas même le bois du papier. L’un n’a qu’à goûter du bout des lèvres