Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/442

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surtout soulager le vieux peuplier, pensant bien que tous ces jeunes arbres venaient de lui, et tiraient de lui la sève.

J’étais parfois navré de voir couper dans le sol leurs racines humides de sève. Un petit peuplier surtout… Nous nous mîmes à quatre pour l’arracher ; après l’avoir coupé, impossible de le tirer. Il résistait de toutes ses forces ; il ne voulait pas mourir.

Je pensai :

— « Évidemment, il faudrait les laisser vivre puisqu’ils tiennent si fortement à la vie. »

Mais je devais élaguer, j’élaguais. J’appris trop tard qu’il n’eût pas fallu les anéantir.

J’avais cru que les rejetons tiraient la sève du vieux peuplier, et c’était tout le contraire. Lorsque je les coupai, le vieil arbre déjà se mourait. Lorsque ses feuilles s’épanouirent, je m’aperçus (il se séparait en deux branches} qu’une de ses maîtresses branches restait nue, et le même été, elle se dessécha. Elle dépérissait depuis longtemps déjà, c’est pourquoi elle avait infusé sa vie dans ses rejetons.

C’est pourquoi ils croissaient si vite et si vigoureux. Et moi, pour soulager le vieux peuplier, j’avais tué tous ses enfants.


Le Putiet.

Un putiet avait grandi sur le sentier de la cou-