Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/231

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contribuer à l’amélioration de l’état matériel du peuple ? À votre avis ces écoles, cette instruction lui créeront de nouveaux besoins ; tant pis, puisqu’il n’aura pas le moyen de les satisfaire. En quoi la connaissance de l’addition, de la soustraction, du catéchisme, peut-elle améliorer son état matériel ? Je n’ai jamais pu le comprendre. Avant-hier soir j’ai rencontré une femme avec son nourrisson et je lui ai demandé où elle allait. Elle m’a répondu : « Je vais chez la guérisseuse, un sort est tombé sur mon enfant, alors je le lui porte à guérir. » Je lui ai demandé : « Comment la guérisseuse soigne-t-elle la maladie ? — Elle met l’enfant sur le perchoir des poules et marmotte quelques paroles. »

— Eh bien ! vous voyez ! Vous le dites vous-même. Pour faire disparaître de semblables pratiques, il faut… dit Sviajskï en souriant gaîment.

— Mais non ! fit Lévine avec dépit. Cette façon de soigner les gens est analogue selon moi au remède que représente l’école pour le peuple. Celui-ci est pauvre et ignorant, nous ne l’ignorons pas plus que la femme en question n’ignore que son enfant est malade lorsqu’elle l’entend crier ; mais de quelle façon les écoles remédieront-elles à cette ignorance et à cette pauvreté, je ne puis pas plus m’en faire une idée que je ne comprends l’influence du perchoir des poules sur la maladie ; c’est à la cause de la pauvreté qu’il faut s’attaquer.