Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/292

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que, la veille encore, elle avait dites à son amant, à savoir qu’elle était sa femme à lui et que son mari était de trop, elle n’en eut même pas la pensée.

Elle sentait toute la justesse des paroles de son mari ; aussi se contenta-t-elle de répondre doucement :

— Vous ne pouvez juger ma position plus sévèrement que je ne le fais moi-même. Mais pourquoi me dites-vous cela ?

— Pourquoi je vous le dis ? Pourquoi ? continua-t-il sur le même ton irrité. C’est afin que vous sachiez qu’ayant transgressé mes prescriptions relatives au respect des convenances, vous m’obligez à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation.

— Elle se terminera bientôt sans cela, prononça-t-elle.

Et de nouveau, à la pensée de la mort prochaine et maintenant désirable, des larmes envahirent ses yeux.

— Plus tôt même que vous et votre amant ne l’aviez pensé. Il vous faut la satisfaction des passions sensuelles…

— Alexis Alexandrovitch ! je ne saurais faire appel à votre magnanimité, mais il est peu généreux de votre part de frapper un adversaire à terre…

— Oui, vous ne pensez qu’à vous ; quant aux souffrances de l’homme qui était votre mari, elles