Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/293

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ne vous intéressent pas. Il vous importe peu que toute sa vie soit brisée, qu’il souf… souf… elle.

Alexis Alexandrovitch parlait si vite qu’il bredouillait et ne pouvait arriver à prononcer ce mot ; finalement il prononça souffel. Ce bredouillement parut drôle à Anna, mais aussitôt elle eut honte de cette gaîté intempestive. Pour la première fois, elle se mit à sa place et eut pitié de lui. Mais que pouvait-elle dire et faire ? Elle baissa la tête et se tut. Lui aussi resta silencieux un moment, et quand il recommença à parler, sa voix était moins hostile, moins froide, et il soulignait des mots qui n’avaient aucune importance particulière.

— Je suis venu vous dire… commença-t-il.

Elle le regarda.

« Non, c’était une idée », pensa-t-elle, se rappelant l’expression de son visage au moment où il avait prononcé souffel. « Est-il possible que cet homme aux yeux ternes, que cet homme, si satisfait de lui-même, sente quelque chose ? »

— Je ne puis rien à cela, murmura-t-elle.

— Je suis venu vous dire que demain je pars pour Moscou, que je ne reviendrai plus dans cette maison et que vous serez informée de ma résolution par l’avocat que je chargerai du divorce. Quant à mon fils, il ira vivre chez ma sœur, ajouta Alexis Alexandrovitch, se rappelant avec effort ce qu’il voulait dire relativement à l’enfant.

— Vous ne m’enlevez Serge que pour me faire