Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/394

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yeux. Serioja a juste les mêmes que lui et c’est pourquoi je ne puis le regarder. Lui a-t-on donné à manger à Serge ? Je sais qu’on l’oubliera. Lui n’oublierait pas. Il faut mettre Serioja dans la chambre du coin, et demander à Mariette de coucher dans la même chambre.

Tout d’un coup, elle s’arrêta, parut se calmer, puis d’un geste d’effroi, comme si elle eût appréhendé un coup, elle leva les mains vers son visage. Elle venait de voir son mari.

— Non, non ! dit-elle, je n’ai pas peur de lui, j’ai peur de la mort. Alexis, approche-toi ; je me hâte parce que je n’ai pas le temps, il me reste peu de temps à vivre, bientôt viendra la fièvre et je ne comprendrai plus rien. Mais maintenant, je comprends encore, je comprends tout, je vois tout.

Le visage contracté d’Alexis Alexandrovitch revêtit une expression de souffrance. Il lui prit la main et voulut parler, mais il ne put articuler un son. Sa lèvre inférieure tremblait, cependant, il luttait toujours contre son émotion et n’osait la regarder que par intervalles. Et chaque fois qu’il la regardait, il voyait ses yeux fixés sur lui avec une tendresse, une douceur et une exaltation, qu’il ne leur connaissait pas.

— Attends !… Tu ne sais pas… Attends, attends… — Elle s’arrêta comme pour rassembler ses pensées. — … Oui, reprit-elle, oui, oui, voici ce que je voulais dire… Ne t’étonne pas, je suis