Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/419

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s’écria brusquement Anna avec une irritation qu’elle ne pouvait contenir.

« Il n’y a aucune nécessité pour un homme de venir dire adieu à la femme qui l’aime, pour laquelle il a voulu mourir, pour laquelle il s’est perdu et qui ne peut vivre sans lui. Il n’y a aucune nécessité ! » pensa-t-elle.

Elle pinça les lèvres et baissa son regard brillant sur les mains aux veines gonflées de son mari, que celui-ci frottait l’une contre l’autre.

— Ne parlons plus de cela, ajouta-t-elle, plus calme.

— Je t’ai laissé toute liberté pour décider cette question, et je suis très heureux de voir… continua Alexis Alexandrovitch.

— … Que mon désir concorde avec le vôtre, acheva-t-elle rapidement, agacée de l’entendre parler si lentement, tandis qu’elle savait d’avance ce qu’il allait dire.

— Oui, confirma-t-il. Et la princesse Tverskaïa s’ingère tout à fait à tort dans les affaires de famille les plus délicates ; surtout elle…

— Je ne crois rien de ce qu’on dit d’elle, prononça cependant Anna. Tout ce que je sais, c’est qu’elle m’aime sincèrement.

Alexis Alexandrovitch soupira et se tut. Elle jouait nerveusement avec les franges de sa robe de chambre, et le regardait avec ce sentiment pénible de dégoût physique qu’elle ressentait pour lui et