Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


scène qui emplit son cœur d’une telle joie que les larmes lui vinrent aux yeux et qu’elle n’eut pas le courage de gronder le coupable.

Gricha, en pénitence, était assis au salon, devant la fenêtre du coin ; près de lui se tenait Tania une assiette à la main. Sous prétexte de donner à manger aux poupées, elle avait demandé à l’Anglaise la permission d’emporter sa part de dessert dans la chambre des enfants, et, au lieu de cela, elle l’avait portée à son frère. Celui-ci, tout en continuant à pleurer l’injustice de la punition encourue, mangeait le gâteau et à travers ses sanglots disait à sa sœur : « Mange, toi aussi ; mangeons ensemble… »

Tania se sentait d’abord prise de pitié pour Gricha, puis elle avait conscience de sa bonne action, et ses yeux étaient pleins de larmes ; mais elle ne refusait pas et mangeait sa part.

À la vue de leur mère, ils furent d’abord effrayés, mais en regardant bien son visage, ils comprirent qu’ils agissaient bien ; ils se mirent alors à rire, et, la bouche pleine de gâteau, ils essuyèrent sur ses mains leurs lèvres souriantes, barbouillant ainsi leurs joyeux visages, de confitures mêlées aux larmes.

— Mon Dieu ! Ta robe blanche neuve ! Tania ! Gricha ! disait la mère en cherchant à préserver les robes, et, les larmes aux yeux, elle souriait d’un air heureux.