Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


entre vous et Vronskï ; or, lui, elle le voyait chaque jour, tandis que vous, depuis longtemps, vous n’étiez pas venu. Si elle avait été plus âgée, si j’avais été à sa place, par exemple, il n’y aurait pas eu d’hésitation : Vronskï m’a toujours déplu. Voilà pourquoi cela s’est ainsi terminé…

Lévine croyait encore entendre la réponse de Kitty : « Non, cela ne peut être. »

— Daria Alexandrovna, dit-il sèchement, je suis touché de votre confiance, mais je crois que vous vous trompez. Est-ce à tort ou à raison, je l’ignore, mais cet orgueil que vous méprisez tant me rend désormais tout espoir relativement à Catherine Alexandrovna absolument impossible.

— Je ne vous dirai qu’une chose, songez que je vous parle d’une soeur que j’aime comme mes enfants : je ne puis vous dire qu’elle vous aime, je voulais simplement vous faire comprendre que son refus, au moment où elle vous l’a exprimé, ne prouvait absolument rien.

— Je ne vous comprends pas ! dit Lévine en se levant brusquement. Si vous saviez quelle peine vous me faites. C’est comme si vous aviez perdu un de vos enfants et qu’on vînt vous dire : il était si beau, si bon ! s’il vivait encore, vous en auriez de la joie, mais hélas ! il est mort, mort, mort…

— Comme vous êtes bizarre ! dit Daria Alexandrovna, souriant tristement à l’émotion de Lévine.