Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/84

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Oui, maintenant, je comprends de mieux en mieux continua-t-elle d’un air pensif. Alors vous ne viendrez pas quand Kitty sera ici ?

— Non. Sans doute je ne fuirai pas Catherine Alexandrovna, mais je ferai tout mon possible pour lui éviter le désagrément que lui causerait ma présence.

— Vous êtes vraiment très ridicule, dit Daria Alexandrovna en le regardant tendrement. Eh bien, mettons que nous n’ayions rien dit… Que veux-tu, Tania ? dit-elle en français à la petite fille qui entrait.

— Où est ma pelle, maman ? répondit l’enfant en russe.

— Je te parle français, réponds-moi de même.

La fillette ne trouvait pas le mot français. Sa mère le lui souffla et, ensuite, lui indiqua, toujours en français, l’endroit où se trouvait cette pelle.

Tout cela déplut à Lévine. Tout maintenant, d’ailleurs, dans la maison de Dolly, même ses enfants, lui paraissait moins bien qu’auparavant. « Pourquoi leur parle-t-elle français ? Cela sonne faux, cela n’est pas naturel. Ces enfants le sentent. Elle leur apprend le français et les déshabitue de la franchise », pensait-il. Il ignorait que Daria Alexandrovna s’était déjà fait vingt fois cette réflexion ; néanmoins, en dépit du tort fait à la franchise, elle s’était vue contrainte à employer ce