Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/96

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« Eh bien ! Que vais-je faire ? Et comment m’y prendre ? se dit-il, tâchant de se formuler d’une façon précise tout ce qu’il avait pensé et senti pendant cette courte nuit. Toutes ces réflexions se répartissaient pour lui en trois points : il lui fallait d’abord renoncer à sa vie d’autrefois, à son instruction désormais nuisible ; ce sacrifice d’ailleurs lui semblait simple et facile et ne lui laissait aucun regret. D’autres idées et d’autres images concernaient sa future existence. Il sentait nettement combien cette vie était simple, pure et équitable, et il était convaincu d’atteindre par elle à ce bonheur plein de calme et de dignité qu’il désirait jusqu’à la souffrance. Le troisième groupe de pensées s’agitait dans sa tête autour de cette question : comment établirait-il la transition de l’ancienne vie à la nouvelle ? Et il ne trouvait à cela aucune réponse précise. Il devrait, pensait-il, se créer une famille, travailler et sentir le besoin de travail ; mais alors il lui faudrait abandonner Pokrovskoié ? Épouser une paysanne ? « Comment donc réaliser tout cela ? » et la même indécision répondait à ces questions. « D’ailleurs, je n’ai pas dormi de la nuit et mes idées ne sont pas nettes, je verrai cela plus tard. Une seule chose est certaine, c’est que cette nuit a décidé de mon sort. Tous mes rêves d’autrefois sur la vie de famille ne sont que folie ! Tout cela est beaucoup plus simple et certainement mieux », conclut-il. « Que tout