Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/104

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même, par hasard, que, par conséquent, il n’a point à se fâcher, qu’il ne lui reste qu’à supporter et à apaiser son mal.

Jamais pareille impression ne lui revint aussi vive, mais cette première fois il fut long à s’en remettre.

Un sentiment naturel le poussait à se justifier, à lui montrer son tort, mais lui prouver qu’elle avait tort c’était l’irriter davantage et élargir encore la fissure qui venait de se creuser entre eux. Un sentiment l’entraînait à rejeter la faute sur elle, mais un autre sentiment plus fort le poussait à effacer tout cela le plus vite possible, afin que la fissure ne s’agrandit pas. Rester sous le coup d’une accusation injuste, c’était pénible, mais lui faire de la peine en se justifiant, c’était pire. Comme un homme, luttant à moitié endormi avec un mal douloureux qu’il voudrait arracher, constate au réveil que ce mal est au fond de lui même, il reconnaissait qu’il n’y avait qu’une seule chose à faire, souffrir, et il tâchait de le faire.

Ils se réconcilièrent. Sans avouer tout à fait sa faute, Kitty se montra si tendre pour lui qu’il en éprouva un nouveau bonheur et un amour plus grand. Mais de pareilles scènes se renouvelèrent fréquemment pour des raisons aussi futiles qu’imprévues, puisqu’ils ne se connaissaient pas encore et ignoraient mutuellement ce qui pour l’un et pour l’autre avait de l’importance. En outre, ces pre-