Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/136

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peut vivre plus de trois jours. Mais qu’en savent-ils ? Cependant, je suis contente de l’avoir décidé, dit-elle en regardant son mari en-dessous de ses cheveux. Tout peut arriver, ajouta-t-elle avec une expression particulière, presque rusée, qui se montrait toujours sur son visage quand elle parlait de religion.

Depuis la conversation qu’ils avaient eue étant fiancés, jamais ils ne s’étaient entretenus de questions religieuses, mais elle allait toujours à l’église, et faisait ses prières avec la même conviction ferme d’accomplir une chose nécessaire. Malgré l’aveu que lui avait fait son mari, elle était fermement convaincue qu’il était aussi bon chrétien qu’elle, sinon meilleur, et que tout ce qu’il avait dit alors n’était qu’une de ces sorties ridicules, comme lorsqu’il la taquinait sur sa broderie anglaise.

— Oui, cette femme, Marie Nikolaïevna, elle n’aurait pas su arranger tout cela, dit Lévine, et, je dois l’avouer, je suis très heureux que tu sois venue. Tu es si pure que… Il lui prit la main, mais ne l’embrassa pas (parce qu’en face de la mort, baiser sa main lui paraissait inconvenant), et la lui serra, regardant ses yeux brillants, avec l’expression d’un coupable.

— Tu aurais trop souffert tout seul, dit-elle, cachant ses joues devenues rouges de plaisir, en levant les bras pour rouler ses cheveux et les atta-