Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/190

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sa main, et pleurerait de joie, comme un soir qu’il s’était roulé à ses pieds parce qu’elle le chatouillait et avait tant ri en mordillant sa main blanche couverte de bagues. Plus tard, quand, par hasard sa vieille bonne lui apprit que sa mère n’était pas morte, mais que son père et Lydie Ivanovna le disaient parce qu’elle était devenue méchante (il ne pouvait le croire parce qu’il l’aimait), il l’attendit et la chercha plus attentivement encore. Ce jour-là, au Jardin d’été, il avait aperçu une dame en voile lilas, et pensant que c’était elle, son cœur s’était mis à battre lorsqu’il la vit prendre la même allée que lui. Mais cette dame n’arriva pas jusqu’à eux ; elle tourna quelque part et disparut. Aujourd’hui, Serge sentait sa tendresse pour sa mère plus vive que jamais, et pendant qu’il attendait son père et tailladait de son canif le bord de la table, les yeux brillants, il regardait devant lui et pensait à elle.

— Voilà votre père ! lui dit Vassili Loukitch.

Serge se leva vivement, s’approcha de son père, lui baisa la main, et le regarda attentivement, cherchant sur son visage quelque signe de satisfaction à propos de sa décoration d’Alexandre Newsky.

— As-tu fait une bonne promenade ? demanda Alexis Alexandrovitch, s’asseyant dans un fauteuil et approchant un volume de l’Ancien Testament qu’il ouvrit.

Quoiqu’Alexis Alexandrovitch eût souvent dit à Serge que tout chrétien devait connaître impertur-