Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/221

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prouvée. La pensée qu’il avait cessé de l’aimer l’amena au désespoir et lui donna une certaine surexcitation. Elle sonna sa femme de chambre, passa dans son cabinet de toilette, et prit un soin particulier à s’habiller, comme si Vronskï, devenu indifférent, eût pu redevenir amoureux à la vue d’une toilette et d’une coiffure seyantes. La sonnette retentit avant qu’elle fût prête…

En entrant dans le salon, ce fut Iachvine qu’elle aperçut d’abord. Il examinait les photographies de son fils qu’elle avait oubliées sur la table, et ne se hâtait pas de la regarder.

— Nous sommes d’anciennes connaissances, lui dit-elle en mettant sa petite main dans la main énorme de Iachvine qui se sentit gêné (ce qui semblait bizarre de la part de cet homme d’une taille gigantesque et dont le visage exprimait l’énergie). Nous nous sommes vus l’année dernière aux courses… Donnez, dit-elle, reprenant à Vronskï, par un mouvement rapide, la photographie de son fils, et le regardant de ses yeux brillants. — Les courses de cette année ont-elles été belles ? Nous avons vu les courses à Rome, au Corso. Mais vous n’aimez pas la vie à l’étranger, ajouta-t-elle en souriant. Je vous connais et quoique nous nous soyons peu rencontrés, je connais vos goûts.

— Je le regrette car mes goûts sont pour la plupart mauvais, dit Iachvine en mordant sa moustache gauche.