Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/222

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Après un moment de conversation, Iachvine, voyant que Vronskï regardait sa montre, demanda à Anna si elle comptait rester longtemps à Pétersbourg, et redressant son énorme taille, il prit son képi.

— Pas longtemps, je crois, dit-elle un peu gênée et regardant Vronskï.

— Alors nous ne nous reverrons plus ? dit Iachvine se tournant vers Vronskï. Où dînes-tu ?

— Venez dîner avec moi, dit Anna d’un ton décidé ; et contrariée de ne pouvoir dissimuler sa confusion toutes les fois que sa situation fausse s’affirmait devant un étranger, elle rougit. — Le dîner ici n’est pas très bon, mais du moins vous vous verrez ; de tous ses camarades de régiment vous êtes celui que préfère Alexis.

— Enchanté, répondit Iachvine avec un sourire qui prouva à Vronskï qu’Anna lui plaisait beaucoup.

Iachvine salua et sortit. Vronskï resta en arrière.

— Tu sors aussi ? lui demanda-t-elle.

— Je suis déjà en retard, répondit-il. Va, je te rejoins tout de suite, cria-t-il à son ami.

Elle lui prit la main et, sans le quitter des yeux, chercha ce qu’elle pourrait bien dire pour le retenir.

— Attends ! j’ai quelque chose à te demander, et elle approcha la main de Vronskï contre sa joue… Oui. Je n’ai pas eu tort de l’inviter à dîner ?