Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/261

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— Et toi, de quoi es-tu mécontent ? lui demanda-t-elle avec le même sourire.

Il était heureux de sa méfiance et inconsciemment la provoquait pour qu’elle en dise les causes.

— Je suis heureux mais mécontent de moi.

— Comment peux-tu être mécontent si tu es heureux ?

— Comment t’expliquer ? Je désire par-dessus tout que tu ne fasses pas un faux pas… Il ne faut pas sauter, dit-il interrompant la conversation pour lui reprocher son mouvement trop vif en enjambant une branche qui barrait le sentier… Quand je pense à moi et me compare aux autres, surtout à mon frère, je sens que je ne vaux pas grand-chose.

— Mais pourquoi ? répéta Kitty avec le même sourire. Ne fais-tu pas ce que font tous les autres ? Et tes paysans, et ton exploitation, et ton livre ?

— Non, je le sens, surtout maintenant. C’est de ta faute si cela ne va pas comme je voudrais, dit-il en lui serrant la main. Je travaille comme ça, en passant. Si je pouvais aimer tout cela comme je t’aime, toi… mais depuis ces derniers temps je fais tout cela comme une corvée.

— Alors que diras-tu de papa ? Est-il mauvais parce qu’il ne collabore pas à l’œuvre publique ?

— Lui ? Non. Mais il faut avoir sa simplicité, sa clarté, sa bonté, et moi, ai-je tout cela ? Je ne fais