Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/262

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rien et me tourmente. Et tout cela c’est de ta faute. Quand tu n’étais pas là, quand il n’y avait pas cela, dit-il la regardant d’une façon particulière qu’elle comprenait, je donnais toutes mes forces au travail, et maintenant je ne le puis plus et j’en ai honte, le travail me semble une corvée ; je finis…

— Dis-moi, voudrais-tu changer à l’instant avec Serge Ivanovitch ? Voudrais-tu n’avoir à t’occuper que du bien public, et comme lui, n’aimer que cela et rien de plus ?

— Certes non. Au reste je suis trop heureux pour raisonner juste… Ainsi tu crois qu’il se déclarera aujourd’hui ? ajouta-t-il après un moment de silence.

— Oui et non, seulement je le désire vivement. Attends !

Elle se pencha et cueillit une marguerite qui poussait au bord du sentier. Comptons. Se déclarera-t-il ou non ? dit-elle lui donnant la fleur.

— Oui, non. Oui, non ?… dit Lévine arrachant chaque ligule blanche étroite.

— Non ! arrêta Kitty qui suivait anxieusement ses doigts. Non, tu en as arraché deux, dit-elle lui saisissant la main.

— Oui, mais en revanche, cette petite ne compte pas, dit Lévine… Tiens, le break qui nous rejoint.

— Tu n’es pas fatiguée, Kitty ? cria la princesse.

— Pas du tout.