Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/288

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eût été dur si en même temps sa physionomie n’eût exprimé une souffrance qui la toucha :

— Ne me crois pas jaloux, ce mot me révolte. Je ne puis être jaloux et croire que… Il ne m’est pas possible d’exprimer ce que je sens, mais c’est horrible… Je ne suis pas jaloux, mais je suis blessé, humilié ; qu’on ose penser…, qu’on ose te regarder avec de tels yeux.

— Mais quels yeux ? demanda Kitty, cherchant de bonne foi à se rappeler les moindres paroles, les moindres gestes, les moindres incidents de cette soirée.

Au fond de son âme, elle trouvait bien que cette façon de la suivre à l’autre bout de la table était un peu familière, mais elle n’osait se l’avouer et encore moins l’avouer à son mari de peur d’irriter encore sa souffrance.

— Est-ce qu’une femme dans mon état peut être attrayante ?

— Ah ! s’écria Lévine se prenant la tête à deux mains. Tais-toi… Alors, si tu te sentais séduisante…

— Mais non, Kostia, dit-elle affligée de le voir souffrir ainsi. Que vas-tu imaginer ? Tu sais bien que personne n’existe pour moi en dehors de toi. Eh bien ! veux-tu que je me cloître.

Tout d’abord elle avait été froissée de sa jalousie qui lui gâtait jusqu’aux distractions les plus innocentes, mais maintenant elle était prête à renoncer