Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/295

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Lévine prit un bâton et se mit à dessiner sur le sable un escalier.

— Eh bien, tu vois ?

— Comme il vous plaira, dit le charpentier dont les yeux s’éclairèrent soudain, car il venait de comprendre de quoi il s’agissait. — Évidemment il faut faire un autre escalier.

— Eh bien, alors, fais ce qu’on te dit, lui cria Lévine se réinstallant dans le break. Va ! Philippe, tiens les chiens !

Lévine, heureux de se sentir débarrassé des soucis de la famille et de l’exploitation, éprouvait une joie si vive qu’il aurait voulu se taire. En outre il éprouvait ce sentiment d’émotion que ressent tout chasseur en s’approchant du lieu de l’action. Ses seules préoccupations étaient celles-ci : Trouverait-on du gibier dans le marais de Kolpnia ? Laska tiendrait-elle tête à Crac ? Lui même ne se déconsidérerait-il pas comme chasseur devant un étranger ? Oblonskï ne tirerait-il pas mieux que lui ?

Oblonskï avait des préoccupations analogues. Seul Vassenka Veslovski ne cessait de causer gaiement, et Lévine en l’écoutant bavarder se reprocha son injustice de la veille. Veslovski était en effet un bon garçon, simple, aimable et très gai. Si Lévine eût fait sa connaissance avant d’être marié, il se serait certainement lié d’amitié avec lui. Ce que Lévine pouvait lui reprocher, c’était sa