Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/323

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— Je vais à la chasse, la mère. Où faut-il passer pour aller au marais ?

— Tout droit devant nos granges, cher homme.

Et posant avec précaution ses pieds nus, noircis, la vieille accompagna Lévine et lui ouvrit la claie près des granges.

— Tout droit et tu arriveras au marais. Les nôtres ont passé là-bas la nuit.

Laska courait gaîment devant sur le chemin et Lévine la suivait d’un pas allègre, interrogeant le ciel. Il comptait atteindre le marais avant que le soleil ne fût levé. Mais le soleil ne tarda pas à se montrer. La lune, visible encore quand il était sorti, avait maintenant l’éclat du mercure ; l’étoile du matin que tout à l’heure il était impossible de ne pas remarquer devenait presque invisible ; et des taches d’abord vagues à l’horizon prenaient des contours plus nets ; c’étaient des tas de blé. La rosée qui restait invisible, attendant la lumière du soleil, mouillait les jambes et la blouse de Lévine jusqu’à la ceinture. Dans le calme absolu de l’air matinal, les moindres sons se percevaient nettement. Une abeille frôla l’oreille de Lévine, il crut entendre le sifflement d’une balle. Il regarda, en vit une deuxième, une troisième ; toutes sortaient d’un rucher en chaume et volaient dans la direction des marais.

Des vapeurs blanches, tantôt épaisses, tantôt transparentes, d’où ressortaient, comme des îlots,