Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/388

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me trompe pas, n’est-ce pas, en vous croyant une sincère amie d’Anna ?

Il ôta son chapeau et essuya avec son mouchoir son front qui commençait à se dégarnir.

Daria Alexandrovna ne répondit rien et le regarda avec quelque inquiétude. Seule avec lui elle se sentait mal à l’aise : ses yeux riants et l’expression sereine de son visage l’effrayaient. Elle s’imagina qu’il allait lui demander quelque chose d’extraordinaire ? « Il va me demander de venir chez eux avec les enfants et je serai forcée de refuser. Ou de former une société à Anna quand elle viendra à Moscou. Peut-être veut-il me parler de Veslovski et de son attitude envers Anna ? Ou peut-être de Kitty envers laquelle il se sent coupable ? »

Elle ne prévoyait que des choses désagréables, mais ne devina pas de quoi il voulait l’entretenir.

— Vous avez tant d’influence sur Anna… Elle vous aime tant… Aidez-moi… dit-il.

Dolly considéra avec une timidité anxieuse son visage énergique qui tantôt sortait à la lumière du soleil, tantôt rentrait dans l’ombre, et elle attendait ce qu’il allait dire encore. Mais lui, poussant avec sa canne le gravier de l’allée, marchait silencieusement près d’elle.

— Si, de toutes les amies d’Anna, vous seule êtes venue chez nous — je ne compte pas la princesse Barbe — ce n’est pas, je le sais bien, faute de juger notre situation anormale, c’est que vous aimez assez