Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/389

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Anna pour chercher à lui rendre moins pénible cette situation ? dit-il en la regardant.

— Oui… répondit Dolly en fermant son ombrelle, mais…

— Non, — dit-il en l’interrompant, et oubliant qu’il mettait ainsi son interlocutrice dans l’embarras, il s’arrêta, si bien qu’elle dût s’arrêter, — personne ne sent mieux ni plus que moi les difficultés de la situation d’Anna, et vous l’admettrez aisément si vous me faites l’honneur de croire que je ne manque pas de cœur. C’est moi qui suis cause de cette situation, c’est pourquoi je le sens.

— Je comprends, mais précisément parce que vous en êtes la cause, vous vous exagérez peut-être ces difficultés, dit Daria Alexandrovna admirant involontairement la franchise et la fermeté avec lesquelles il lui parlait. — Sa situation est pénible dans le monde ; cela je le comprends…

— Dans le monde c’est un enfer ! reprit-il vivement en fronçant les sourcils. Rien ne peut vous donner une idée des tortures morales qu’a subies Anna pendant les deux semaines de son séjour à Pétersbourg.

— Mais ici ? Anna ni vous n’éprouvez le besoin du monde.

— Du monde ! fit-il avec mépris. Quel besoin en puis-je avoir ?

— Et cela peut durer toujours. Ici vous êtes heureux et tranquilles. Je vois qu’Anna est heureuse,