Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/416

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qu’elle connaissait par cœur ; admettons que moi qui le hais, mais cependant me reconnais coupable envers lui, et le crois magnanime… je consente à m’humilier devant lui et à lui écrire… Admettons que je fasse cet effort de lui écrire ; de deux choses l’une : Je recevrai ou une réponse blessante ou son consentement. Bon. Je suppose avoir reçu le consentement…

En ce moment Anna était à l’autre extrémité de la chambre et arrangeait quelque chose près de la fenêtre.

— … J’ai le consentement. Et mon fils ? On ne me le rendra pas. Il grandira chez ce père que j’ai quitté, en apprenant à me mépriser ! Conçois-tu que j’aime presque également et certes plus que moi-même, ces deux êtres : Serge et Alexis.

Elle s’avança au milieu de la chambre et s’arrêta devant Dolly, les mains serrées sur sa poitrine. Dans son peignoir blanc elle paraissait encore plus grande et plus forte ; elle pencha la tête et regarda, de ses yeux brillants et mouillés de larmes, la petite personne maigre de Dolly, misérable en sa camisole rapiécée et son bonnet de nuit et toute tremblante d’émotion.

— Je n’aime que ces deux êtres au monde, et ils s’excluent l’un l’autre et je ne puis les réunir ! Et c’est mon unique désir ; en dehors de cela, tout le reste m’est égal, complètement égal. Cela finira d’une façon quelconque, mais je ne puis, ne veux pas